Agrandissez votre territoire
“Les fils de Joseph parlèrent à Josué, et dirent : Pourquoi nous as–tu donné en héritage un seul lot, une
seule part, tandis que nous formons un peuple nombreux et que l’Eternel nous a bénis jusqu’à présent ? Josué leur dit : Si vous êtes un peuple nombreux, montez à la forêt, et vous
l’abattrez pour vous y faire de la place dans le pays des Phéréziens et des Rephaïm, puisque la montagne d’Ephraïm est trop étroite pour vous. Les fils de Joseph dirent : La montagne ne nous
suffira pas, et il y a des chars de fer chez tous les Cananéens qui habitent la vallée, chez ceux qui sont à Beth–Schean et dans les villes de son ressort, et chez ceux qui sont dans la vallée de
Jizreel. Josué dit à la maison de Joseph, à Ephraïm et à Manassé : Vous êtes un peuple nombreux, et votre force est grande, vous n’aurez pas un simple lot. Mais vous aurez la montagne, car
c’est une forêt que vous abattrez et dont les issues seront à vous, et vous chasserez les Cananéens, malgré leurs chars de fer et malgré leur force.”
Josué 17.14/18
Enfin l’écurie !
Quel plaisir, après un long et pénible voyage, de retrouver enfin ses chères pénates !
Il faut dire que le voyage des israélites dans le désert n’avait rien d’un voyage organisé. Parce qu’ils ont manqué de
foi et ont eu peur des Cananéens qui habitaient le pays, cette entrée en terre promise leur avait été une première fois refusée. Après quarante années de pérégrinations et d’épreuve, ils peuvent
enfin pénétrer dans le pays promis.
Le temps n’est cependant pas encore venu d’enfiler les charentaises. Il y a du terrain à défricher, mais il y a surtout
des batailles à gagner. Les Cananéens dont la génération précédente avait tant soit peu exagéré la force et la taille, étaient néanmoins présents, et peu enclins à laisser la place au peuple de
Dieu. Le livre de Josué nous explique les détails de cette conquête.
Enfin, le pays est gagné, le drapeau est planté. Il faudra maintenant partager le pays en dix provinces qui seront
attribuées à chacune des dix tribus d’Israël. Je dis bien dix, et non douze, puisque deux d’entre elles, Gad et Ruben ont décidé de demeurer à l’extérieur.
On se sent à
l’étroit. (Vs 14)
Sitôt le gâteau cuit, il faut le partager, et c’est là que les problèmes commencent.
Et pourquoi ta part est - elle plus grosse que la mienne ? Il faut se munir d’un rapporteur d’angles et d’un
compas pour éviter les jalousies, et plus les convives sont nombreux, plus le partage est difficile. En l’occurrence, dix familles d’Israël vont découper la pizza de Canaan.
Les plus mécontents sont les deux tribus issues de Joseph, c’est - à dire Ephraïm et Manassé.
Ça ne va pas du tout, Josué ! Nous sommes un peuple nombreux, l’Eternel nous a béni, nous voulons encore nous
agrandir, et tu ne nous donne à chacun qu’une toute petite part de rien du tout. Et regarde Juda ! Eux ils ont un bon tiers du pays pour eux tout seuls. Tu veux savoir ce qu’on en
pense ? Eh bien ! Tu fais du favoritisme ! Voilà !
Cela me rappelle les conversations que j’entends tous les matins dans les travées de la
distribution :
« Ta tournée est plus petite que la mienne !
- Ce n’est pas vrai !
- Regarde mes cases. Elles sont plus pleines que les tiennes. Tu as une tournée de femme enceinte !
- J’ai moins de volume mais plus de kilomètres. J’ai peut - être une tournée de manchot, mais pas
d’unijambiste. »
Et nous ? Berger, chien ou brebis de l’Assemblée du Seigneur ? De quel clan somme nous ? D’Ephraïm ou de
Manassé ? Car ne le nions pas, nous nous sentons souvent lésés dans la part que nous avons reçue. Entre le ministère dont je rêvais à l’école biblique et celui que Dieu m’a donné, la marge
est large. Mais j’ai appris à m’en satisfaire.
Et d’abord, pourquoi somme nous une petite église ? Qu’est - ce que le Seigneur attend pour envoyer le
réveil ?
Ce ne sont pas les excuses qui manquent :
Trop de catholicisme. Trop d’occultisme dans les campagnes. Trop de ceci, trop de cela …
Sous prétexte que notre vision est limitée, nous pourrions nous autoriser à limiter Dieu. Ill ne peut pas intervenir
dans notre région. Pourquoi ne nous a - t- il pas envoyé deux cents kilomètres plus au sud ?
Evidemment ! Dans une agglomération de 6000 habitants, on ne peut pas avoir une église de 10 000 membres
comme chez Rick Warren !
C’est vrai, notre foi est souvent proportionnelle aux statistiques.
Paris compte plusieurs centaines d’église de toutes obédiences, mais les petites villes n’ont -elles pas le droit,
elles aussi, de compter plusieurs communautés, correspondant à des sensibilités spirituelles différentes ?
En vacances dans les Boutières, je suis descendu un dimanche avec ma famille visiter à Lamastre une église libre. Après
le culte, nous avons eu une conversation avec le pasteur : « Dans cette ville de quatre mille habitants, nous disait - il, il y a une église réformée, une église darbyste, une église
pentecôtiste, et enfin nous même, et tout ces gens s’entendent très bien. »
Ce gros village est - il une exception à la loi du Far West ?
« Cette ville est trop petite pour nous deux, Lucky Luke, dégaine ! »
Il faut faire de la place
Revenons au pays de Canaan.
Josué donne une réponse directe aux revendications :
« Vous êtes à l’étroit ? Eh bien ! Vous n’avez qu’à faire de la place.
- Oui, mais comment ?
- Avec une hache. »
J’appartiens à la génération à laquelle on a lavé le cerveau avec le même message : « Il faut à tout prix
faire avancer la civilisation industrielle, quitte à bouziller la planète ». On nous a rempli la tête d’un auteur qui abondait dans cette idéologie : André Maurois. Dictée extraite des
œuvres d’André Maurois. Rédaction : « Commentez cette phrase d’André Maurois. » Grammaire : « Dans cette phrase d’André Maurois, où se trouve le complément d’objet
direct ? »
Sans oublier ces beaux vers d’Alphonse de Lamartine qui ont révolté mon âme d’adolescent, alors que je rêvait de
changer le monde :
« La caravane humaine un jour était campée
Dans des forêts bordant une rive escarpée
Et ne pouvant pousser sa route plus avant
Les chênes l’abritaient du soleil et du vent … »
Il fallait absolument que l’humanité poursuive sa route, ce qu’elle n’a pu faire qu’en détruisant la forêt pour
construire un pont.
La solution de Josué, elle non plus, n’était pas très écologique : pourtant les forêts d’autrefois n’avaient rien
de commun avec celle de Fontainebleau. C’était un espace inutile, mais aussi inculte et dangereux. Nos seulement il n’y poussait pas de blé, mais c’est dans la forêt qu’on risquait d’être attaqué
par des bêtes féroces ou des brigands.
J’étais il y a peu de temps en République Tchèque où l’on nous a recommandé, si nous nous promenions en forêt, de ne
pas nous écarter des chemins balisés. Nous pourrions dans le cas contraire rapporter des tiques qui peuvent provoquer chez l’homme des maladies graves.
Dans notre contexte biblique, la forêt, c’est ce qui freine la croissance du peuple de Dieu.
Qu’est - ce qui empêche l’Eglise du Seigneur de grandir ?
Commençons par le découragement.
Les israélites ont été découragés par les géants qui peuplaient la terre promise. Ne sommes - nous pas, quelquefois
découragés par l’immensité de la tâche à accomplir ?
Toute l’assemblée éleva la voix et poussa des cris, et le peuple pleura pendant la nuit. Tous les enfants
d’Israël murmurèrent contre Moïse et Aaron, et toute l’assemblée leur dit : Que ne sommes–nous morts dans le pays d’Egypte, ou que ne sommes–nous morts dans ce désert ! Pourquoi
l’Eternel nous fait–il aller dans ce pays, où nous tomberons par l’épée, où nos femmes et nos petits enfants deviendront une proie ? Ne vaut–il pas mieux pour nous retourner en Egypte ?
Et ils se dirent l’un à l’autre : Nommons un chef, et retournons en Egypte.”
Nombres 14.1/4
Que peut faire une église avec un pasteur découragé ?
Que peut faire un pasteur avec une église découragée ?
Parlons aussi de nos exigences qualitatives
Il nous arrive d’être des chrétiens difficiles. Nous implorons le Seigneur de nous accorder des âmes nouvelles et
parfois souhaitons remplir notre église de chrétiens adultes et sans histoire.
Refuserons - nous l’accès de l’église locale aux « cas sociaux », aux sans abris, à ceux qui ont des
problèmes dans leur foyer ? Avons-nous établi dans notre église des filtres et des calibres tellement serrés que même en rentrant le ventre, personne ne passe. Oublions - nous que nous-mêmes
y sommes entrés en y introduisant de pesants fardeaux.
Nous avons commencé notre travail de pionnier avec un couple que nous appellerons Jeannot et Jeannette. L’un comme
l’autre avait une vision bien personnelle de la croissance de l’église :
Prenez un Jeannot et une Jeannette, faites cinquante photocopies de chaque, et vous avez une église de cent
membres.
Jésus n’a - t - il pas déchiré les mailles de nos tamis lorsqu’il a réagit ainsi :
On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touche. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient.
Jésus, voyant cela, fut indigné, et leur dit : Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur
ressemblent.”
MARC 10.13/14
Attendons - nous un miracle pour avancer ?
Nous avons commencé par fabriquer deux cents prospectus que nous avons distribués. Jeannot et Jeannette s’attendaient à
ce que cet effort soit récompensé par un réveil, mais personne n’est venu aux réunions.
- Est - ce que ça vaut la peine de continuer ?
Lorsque nous serons une grande église, nous aurons des moyens financiers, nous aurons un beau bâtiment, nous aurons des
musiciens, nous aurons de belles chaises. Alors, nous pourrons commencer à travailler, nous ferons de l’évangélisation.
- Mais si nous ne travaillons pas, comment l’église va - t - elle progresser ?
Fort heureusement, Dieu ne nous demande pas de commencer par nous équiper. Si nous en avons les moyens, nous le ferons
pour sa gloire. Si nous n’en avons pas les moyens, le Seigneur utilisera le peu que nous avons et même ce que nous n’avons pas.
Je vous propose une petite expérience musicale : installez vous conformément dans votre fauteuil, et écoutez la
cinquième symphonie de Prokofiev. Je vous garantis que vous verrez un train traverser votre salon à toute vapeur.
Avez - vous déjà vu démarrer un train à vapeur ? Une bielle se met en mouvement. Les roues avancent d’un demi
tour. On a l’impression que le voyage va s’arrêter là, mais la locomotive avance à nouveau d’un demi tour de roue, puis d’un tour entier. A cette vitesse - là nous serons à Marseille dans six
mois, autant y aller à pieds.
Il en est ainsi de la plupart des églises qui démarrent laborieusement. Une fois qu’elles sont lancées, rien ne peut
les empêcher de grandir.
Alors il reprit et me dit : C’est ici la parole que l’Eternel adresse à Zorobabel : Ce n’est ni par
la puissance ni par la force, mais c’est par mon Esprit, dit l’Eternel des armées. Qui es–tu, grande montagne, devant Zorobabel ? Tu seras aplanie. Il posera la pierre principale au milieu
des acclamations : Grâce, grâce pour elle ! La parole de l’Eternel me fut adressée, en ces mots : Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison, et ses mains l’achèveront ; et
tu sauras que l’Eternel des armées m’a envoyé vers vous. Car ceux qui méprisaient le jour des faibles commencements se réjouiront en voyant le niveau dans la main de Zorobabel. Ces sept sont les
yeux de l’Eternel, qui parcourent toute la terre.
ZACHARIE 4.6/10
Ne nous contentons pas de la médiocrité
Comme nous venons de le dire, la croissance ne se fait pas du jour au lendemain. Une automobile ne peut pas démarrer en
cinquième vitesse. Il faut partir en première et au moment opportun, passer la seconde, puis la troisième, et ainsi de suite …
Et si nous avons tellement peur de caler que nous ne passons jamais la seconde …
On est bien dans notre petit groupe, c’est sympathique.
Et puis personne ne vient nous ennuyer. Nous ne risquons pas d’introduire des loups dans la bergerie. De plus on ne
peut pas nous accuser de faire du prosélytisme, vu que nous ne faisons pas d’évangélisation.
Démarrez avec un petit noyau présente des avantages, mais s’entêter à rester un petit noyau entraîne bien des
problèmes. On s’observe, on focalise sur les défauts de l’autre, on ne se supporte plus.
Je connais sur ma tournée de facteur une maison habitée par un couple âgé. Il n’y a pas de boîte aux lettres, mais la
porte est toujours ouverte et je dépose le courrier sur la table. Sur cette table, j’ai aussi découvert de quoi donner un infarctus à Brigitte Bardot : Deux énormes poissons dans un
minuscule bocal. Les petits poissons rouges engraissés aux daphnies ont grossi, mais leur espace vital n’a pas suivi l’évolution.
Pourvu que notre église ne ressemble jamais à cet aquarium, ou que le Seigneur me reprenne avant de le
voir !
Chassons les Cananéens
Le pays aurait du être nettoyé des peuples de Canaan avant l’installation du peuple de Dieu, non pas par simple
xénophobie mais parce que ces peuples qui offraient à leurs idoles des sacrifices humains risquaient d’initier les israélites à leurs pratiques monstrueuses. Ce qui s’est d’ailleurs produit, à
maintes reprises, dans leur histoire.
Qui sont ses Cananéens qui menacent d’arrêter l’Eglise, une fois celle - ci en marche ?
D’abord la suffisance :
Nous avons accompli notre mission, nous avons atteint notre objectif.
- Quel objectif ?
- Nous avons un local de cinquante places et le dimanche, toutes les chaises sont occupées. S’il arrivait encore du
monde, nous ne saurions plus ou le mettre.
Lorsqu’il a commencé son ministère, le revivaliste coréen Paul Yonggy Cho a pris le tube de rouge à lèvres de sa femme,
et il a tracé un 5 sur le miroir de la salle de bain.
« Pourquoi as - tu écrit 5 sur le miroir avec mon rouge à lèvres ?
- C’est mon objectif : Chaque fois que je me rase le matin, je me rappellerai qu’il me faut cinq
conversions. »
Et quand il a atteint son objectif, Yonggy Cho a efface son 5, et il a tracé un 10, puis 20, puis
50 …
A partir de 500 000, la courbe a commencé à se sstabiliser, mais avouez que 500 000 âmes gagnées à Christ, ce
n’est tout de même pas mal !
Le Seigneur Jésus nous a fixé un objectif :
Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.
MATTHIEU 5.48
En plaçant la barre aussi haut, Jésus sait très bien que personne ici - bas n’atteindra le but.
Si nous avons une église de cinquante membres, il faudrait en théorie construire une salle de cent places. La vue des
chaises vides à chaque culte nous rappellerait que le but est encore bien éloigné.
La baisse de consécration et de vigilance
Quand nous ouvrons une œuvre nouvelle, l’immensité du travail à accomplir est évidente, puisque rien n’est fait. Tout
le monde se mobilise. Lorsque l’église locale est bien implantée, on perd la notion de l’urgence. On a suffisamment travaillé, on a bien le droit de souffler un peu.
Et c’est pratique, quand les hasards de la mobilité nous conduisent dans une ville qui possède une église établie. Il
n’y a plus qu’à s’asseoir.
Avez - vous d’ailleurs remarqué que la distance entre l’église mère et l’église fille est toujours plus longue qu’entre
l’église fille et l’église mère ?
« On aimerait bien venir vous encourager, mais tout de même, c’est loin ! »
Quand on a le sentiment que les moments les plus difficiles sont derrière nous, il est naturel de baisser un peu la
garde. L’ennemi profite naturellement de cette baisse de vigilance pour attaquer. En ce qui concerne les moyens, il ne fait pas preuve d’une grande inventivité.
« J’ai bâti mon église tout seul. »
« Moi j’aime mieux quand c’est Dédé qui prêche. »
« Dieu a- t- il réellement dit ? »
Le manque de vision géographique
Ne limitons pas notre vision à notre quartier.
J’ai tenu à ce que notre association ne s’appelle pas « Eglise évangélique de Châteaudun ». Elle s’est
d’abord intitulée « Mission Evangélique de la Vallée du Loir », puis « Mission Protestante Evangélique du Loir et du perche ». Ainsi nous manifestons notre volonté de ne pas
restreindre notre vision aux limites administratives de notre commune.
Voici ma vision de la croissance de l’Eglise pour la France : Je veux y voir autant d’églises que de
bistrots.
Ce point de vue ne correspond malheureusement pas à la vision française : On ne veut pas de clocher à moins de
cinquante kilomètres du notre ; ça nous fait de l’ombre.
Faut - il alors s’étonner que les américains qualifient la France de « cimetière de missionnaires » ?
Faut - il s’étonner que le terrain soit si dur ?
En France, ce n’est pas le terrain qui est dur, c’est le cœur des chrétiens.
Que nous soyons à l’œuvre dans une implantation d’église (défricher la forêt) ou dans une église établie (chasser les
cananéens), il est nécessaire d’avoir une bonne vision et surtout de la conserver.
J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi. Désormais, la couronne de justice m’est
réservée ; le Seigneur, le juste juge, me la donnera dans ce jour–là, et non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui auront aimé son avènement.
2 TIMOTHEE 4.7/8