Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /Juil /2007 20:17

Conclusion

1. Conclusion d’Alfred Kuen

  1. Renoncer aux expédients

Nous ne devons pas essayer de biaiser, de jongler avec les textes pour défendre à tout prix notre position. Des arguments tels que : « la femme a le droit de témoigner mais pas de prêcher », ou : « Elle peut écrire des livres d’enseignement, mais pas enseigner oralement », n’ont pas de fondements et n’apportent rien de constructif.

  1. Placer toute cette question sous l’autorité de la parole de Dieu.

Nous ne devons pas nous laisser influencer par les courants de pensée du monde mais nous laisser guider dans nos réflexions par la parole de Dieu.

L’autorité de la parole de Dieu, comme toutes les autorités qui existent s’exprime de trois manières différentes.

  1. Des interdictions et des obligations formelles

  2. Des permissions expresses.

  3. Des «  ni – ni ». C’est – à dire des absences de prescription.

Entre les interdictions et obligations, il existe dans la Bible une large marge de liberté, de points où l’on ne peut que se référer à notre propre jugement.

Dans le cas qui nous préoccupe, nous devons envisager les trois possibilités citées plus haut :

 

1ère possibilité

L’Ecriture interdit formellement à la femme un certain nombre de services. Il faut s’y tenir faute de quoi nous désobéissons à Dieu.

Il faudrait dans ce cas lui imposer un silence absolu. Interdiction de chanter ou de prier à haute voix pendant le culte, interdiction aussi d’enseigner à l’école du dimanche.

Une telle interprétation mettrait bien des églises en difficulté, et nous ne pouvons pas l’envisager.

 

2e possibilité

L’écriture permet à la femme un certain nombre de services et il convient de s’y ouvrir.

Certains ministères féminins sont nommés dans la Bible : le diaconat, la prière, la prophétie. Le diaconat inclut la relation d’aide et la participation au conseil de l’Eglise.

« La femme est libre de parler et d’agir tant qu’elle n’usurpe pas l’autorité que Dieu a établie dans l’Eglise. » Ralph Shallis.

"Au lieu de concentrer notre attention sur des restrictions, dit W.Liefeld (Assemblée de Frères) en conclusion de son article, les chrétiens ne devraient-ils pas oeuvrer ensemble dans un effort commun et positif pour ouvrir de nouvelles avenues du ministère à nos sœurs en Christ qui sont douées et dévouées" (87 p.61) et le Mennonite Fritz Goldschmidt précise: "afin de ne pas nous priver de la moitié des dons que le Seigneur a faits à son Eglise" (92 p.90).

 

3e possibilité

L’Ecriture ne dit rien à ce sujet : il convient donc d’adopter une pluralité es points de vue dans la liberté des pratiques.

Nous n’avons pas de réponses bibliques à des questions telles que : Une femme peut – elle diriger un groupe de musiciens, distribuer la Cène, baptiser des femmes, présenter des enfants ?

Dans ce domaine, l’Eglise doit donc respecter la pluralité des points de vue, mais aussi certains « paramètres bibliques ».

  1. Respecter les paramètres bibliques

1. Egalité de l’homme et de la femme en Christ

L’Eglise primitive a accordé aux femmes le droit aux activités spirituelles qui leur étaient interdites dans le judaïsme.

ACTES 1.14

Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus.”

2. Différenciations de l’homme et de la femme

Le salut en Jésus – Christ abolit les effets néfastes de la chute, (domination) mais pas les différences physiques, psychiques, etc.

GALATES 3.38

Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus–Christ.”

3. Convenances sociales et missionnaires

1 CORINTHIENS 9.20/22

20 Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi (quoique je ne sois pas moi–même sous la loi), afin de gagner ceux qui sont sous la loi ; 21 avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi (quoique je ne sois point sans la loi de Dieu, étant sous la loi de Christ), afin de gagner ceux qui sont sans loi. 22 J’ai été faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques–uns.”

Paul voulait être juif avec les juifs, et l’a montré en s’imposant lui-même des contraintes et des restrictions.

De même, il ouvre aux chrétiennes l’accès à la plupart des fonctions de l’Eglise, mais il leur impose aussi des restrictions, en raison des convenances sociales de l’époque, afin de le pas freiner la progression de l’Evangile.

Le conteste social actuel est différent mais il nous impose d’autres contraintes.

L’Eglise doit constamment se remettre en question sur les habitudes et les pratiques qui peuvent faire obstacle à l’évangélisation.

Ainsi, au temps de Paul, les chrétiens auraient pu choquer les incroyants en donnant aux femmes trop de liberté et de responsabilités. De nos jours, au contraire, nous risquons de les choquer si nous confinons les femmes à la dernière place.

4. L’unité de l’Eglise

ROMAINS 12.5

Ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres.”

ROMAINS 14.19

Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle.”

Deux comportements peuvent mette en péril l’unité de l’Eglise :

Ceux qui sont impatients de mettre leurs convictions en pratique sans écouter l’avis des autres

Ceux qui s’obstinent dans une attitude conservatrice et refusent d’écouter les arguments des autres.

La question qui se pose alors est: Jusqu'où faut-il tolérer l'intolérance et sacrifier les éléments moteurs de l'Eglise, les jeunes et les femmes qui souffrent de leur mise à l'écart? La Bible nous demande de tenir compte des "faibles" ("ceux qui sont mal affermis dans la foi" BS) et de ne pas les "scandaliser" (Ro 14.1-23; 1 Co 8.9). Or, paradoxalement, la résistance au changement vient souvent de ceux qui devraient depuis longtemps être des maîtres" (Hé 5.12), qui ne risquent donc pas d être "scandalisés" (c'est-à-dire de tomber dans le péché) mais tout au plus bousculés dans des habitudes invétérées

Lorsqu'une majorité de membres est convaincue du bien-fondé de certaines réformes, une minorité n'a pas le droit de faire barrage sous menace de scission, même en s'appuyant sur des arguments "bibliques". Car les autres ont aussi des arguments "bibliques , comme nous l'avons vu dans ce Cahier. Si une majorité de membres a décide d'introduire certaines innovations, la règle veut que la minorité s y rallie Ce n'est plus leur affaire, mais celle du Seigneur, et le maintien de l'unité de l'Eglise est plus important que celui de leur pratique puisqu il ne s'agit pas des vérités fondamentales de la foi.

  1. Complémentarité

L’homme et la femme sont différents et complémentaires. Lorsque, dans une église, la femme n’a pas le droit d’intervenir officiellement, elle influencera généralement les hommes qui en ont le pouvoir. Selon l’adage : « L’homme est la tête et la femme est le cou qui la fait tourner. »

Il serait nettement préférable que la femme puisse faire entendre directement sa voix. Si elle a le droit de dire ce qu’elle pense, elle ne sera pas tentée d’agir et de parler « derrière » le dos des frères.

Il n’en est pas moins vrai que Dieu a institué une autorité pour l’homme. Laquelle, rappelons – le, ne doIt pas être une autorité « despotique ». Il ne nous est pas permis d’inverser un ordre établi par Dieu pour nous conformer à la pensée du monde actuel.

Il nous paraît donc difficile d’envisager pour la femme la fonction de pasteur, tant que cette fonction revêt une fonction d’autorité.

"Puisque le lien entre autorité personnelle et prise de parole en public s'est considérablement distendu, conclut M. Luthi, c'est-à-dire puisqu'il est possible aujourd'hui de prendre la parole sans exercer directement l'autorité, n'y aurait-il pas lieu d'envisager des possibilités nouvelles et plus nombreuses pour la femme de prendre la parole dans l'Eglise? Il s'agit d'être sensible aux injonctions de l'Esprit, d'être inventif, tout en respectant l'ordre qui veut que la femme ne domine pas sur l'homme" (82 p.53).

"Un 'ministère de tous' donne à chacun l'occasion d'utiliser ses 'dons de la grâce' sans que l'ordre de la création soit vidé. Un tel ministère dans la communion avec l'équipe des anciens au centre de l'Eglise est sans aucun doute quelque chose que seul un mouvement de l'Esprit de Dieu peut susciter" (J. Packer 73 p.26).

je cite enfin la dernière phrase, qui conclut le livre d’Alfred Kuen :

Si ces différents aspects de l'amour mutuel sont cultivés et valorisés dans une Eglise, la femme y trouvera tout naturellement sa place, une place conforme à sa vocation et à ses dons, et ce sera pour le bien de tous et pour la plus grande gloire du Dieu Créateur et Rédempteur. (A. Kuen p 267)

2. Conclusion personnelle

Nous voici donc parvenu au terme de notre étude, au cours de laquelle le livre d’Alfred Kuhn : « La femme dans l’Eglise » m’a été d’un grand secours. J’espère ne pas avoir trahi la pensée de son auteur, ni surtout la pensée de Dieu.

Comme nous l’avons vu, il n’est pas facile de prendre clairement position et la Bible nous donne trop peu d’éléments normatifs pour établir des limites précises entre ce qu’une femme peut faire et ne doit pas faire dans l’Eglise.

J’aimerai pour terminer ajouter ma conclusion personnelle.

Par le moyen de cette étude, nous avons essayé de répondre à Quatre questions d’ordre pratiques :

  1. Une femme peut – elle participer à la distribution de la Cène ?

  2. Une femme peut – elle présider un culte ?

  3. Une femme peut – elle prêcher ?

  4. Une femme peut – elle être pasteur ?

Essayons maintenant d’y répondre :

  1. Une femme peut – elle participer à la distribution de la Cène ?

La bible ne contient à ce sujet ni autorisation, ni interdiction. Je n’ai jamais appelé une sœur à distribuer la Cène de peur de scandaliser les chrétiens par une innovation malencontreuse, mais je n’y suis pas opposé.

  1. Une femme peut – elle présider un culte ?

et

  1. Une femme peut – elle prêcher ?

Nous avons démontré combien le fameux « je ne permets pas à la femme d’enseigner » est un argument ténu à la lumière d’une bonne herméneutique.

Nous savons combien il est pénible de devoir se taire quand on a quelque chose à dire, surtout quand on est entouré de gens qui parlent pour ne rien dire !

Nous avons vu dans les Actes et les épîtres de Paul, que le Saint – Esprit donnait à chacun, sans distinction de groupe ethnique, de rang social, ni de sexe, des dons pour enseigner, exhorter, évangéliser. Est – il écrit dans la Bible que pour manifester ces dons, il faut impérativement être un homme blanc et riche ?

Si nous trouvons dans notre église locale une sœur qui a reçu un réel don du Seigneur, je ne crois pas qu’il soit juste d’étouffer ce don. Un responsable d’église devrait oser prendre le risque de déplaire en cassant (mais avec tact) certains préjugés et certaines habitudes, afin de donner à chacun et à chacune la possibilité d’exprimer ce que le Saint – Esprit lui a mis sur le cœur.

  1. Une femme peut – elle être pasteur ?

Voilà la question difficile ! Difficile parce qu’elle introduit un élément incontournable : l’autorité.

Il n’est pas permis à une femme de prendre autorité sur l’homme, et la fonction de pasteur est une fonction de direction et d’autorité.

Toutefois, beaucoup de chrétiens se sont habitués à une certaine image du pasteur « maître absolu après Dieu, » (et encore !), qui impose une obéissance totale et prend seul les décisions sans demander l’avis de ses ouailles. Une telle vision du ministère pastoral n’est que trop répandue dans certains milieux évangéliques, mais ce n’est pas une vision biblique. Le véritable pasteur n’est pas celui qui monopolise l’autorité mais qui la partage, avec un ou plusieurs co – pasteurs, et un conseil d’ancien, ou conseil pastoral. Vu sous cet angle, le ministère pastoral de la femme pourrait nous paraître acceptable.

Un autre obstacle extra – biblique mais non négligeable est celui de la culture. Le ministère féminin est moins bien accepté en France qu’en Amérique du Nord, certainement à cause de nos racines catholiques. Je ne pense pas que nous verrons un jour une femme curée. Ainsi, notre culture nationale risque d’influencer, consciemment ou non, notre appréhension du problème.

J’ai souvent remarqué - et ce n’est pas le la misogynie primaire - que beaucoup de problème dans les églises viennent de femmes qui veulent commander, et qui trament des complots. Ces comportements, que nous jugeons inacceptables ne sont – ils pas finalement le fruit d’une frustration légitime, de personnes à qui on ne demande jamais leur avis ? Il me paraît bien préférable que nos assemblées puissent compter sur des femmes dont le ministère est reconnu et officialisé par l’Eglise, plutôt qu’être divisées par des « pasteuses » autoproclamées qui jettent le trouble dans les rangs des chrétiens.

Je termine avec une simple question à laquelle je n’apporte pas de réponse. C’est juste une piste de réflexion :

Le monde évangélique, tout comme le catholicisme, connaît une « crise des vocations » - difficulté pour recruter des serviteurs de Dieu -. Est – ce que Dieu n’attend pas de son Eglise qu’elle envisage le ministère féminin d’une façon plus libérale mais néanmoins biblique, et qu’elle accepte de recruter quelques sœurs en Christ, selon des critères et dans des rôles bien définis, pour résoudre cette difficulté ?

Par André FILLION - Publié dans : A Bible ouverte
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